Je suis rentré peinard, j’ai croisé Gérard le Clochard, le chinois bourré qui sourit tout le temps, une vieille dame qui chantait pour des pièces, des péruviens qui jouaient l’air de Vangelis “Christophe Colomb” à la flûte de pan (les cons) et enfin j’ai retrouvé ma douce belle et intelligente femme qui faisait la cuisine.
Je lui ai parlé de mon problème d’incapacité à rejoindre le néant et elle s’est mise à flipper, à hurler que le néant n’existait pas et que la pieuvre suivait des formules fractales pour suivre son chemin, donc qu’en gros la vie était mue par un souffle d’energie constant et que c’était comme ça, que tout était cyclique et que la mort n’était qu’une étape de retour à un point de départ. Elle a pris beaucoup d’acide dans sa vie, ma copine. Mais bon, fallait admettre qu’elle avait raison.
C’est vrai que la pieuvre aime à s’enfoncer ses propres tentacules dans le cul, et donc pas de doute, la vie existe, mais le néant aussi et ça ne fait aucun doute (elle a d’ailleurs dû l’admettre dans la seconde qui suit). En fait, c’est ce couple qui fait l’univers. Putain. Pourtant autant j’arrive à concevoir le néant absolu, autant la vie me parait une percée dans le néant, une percée pleine d’energie et de mouvement et qu’on se demande tous bien bordel de merde d’ou ça peut venir, et finalement Einstein lui même a dû l’attribuer à la Pieuvre. Ouais, je vais la majusculer désormais.
En la regardant cuisiner, je me disais d’une qu’elle avait quand même un super cul et de deux que c’est vrai au fond quel camp choisir, finalement je suis un fils de Pieuvre alors pourquoi ne pas tout simplement être pieuvre moi même. Ma femme elle même me fait remarquer que je suis complètement flippé par le néant, je suis hyperactif et je ne tiens pas en place, aucune patience et une terreur profonde de l’ennui qui est, bah, le néant incarné.
Fais chier. J’ai l’impression de devenir un connard de bouddhiste, à ne pas savoir choisir, à me dire : bon bah, c’est comme ça, merde. Ying et Yang, ptet des conneries comme ça, qu’en foutre-sais-je. Et dire que des cons se battent pour la libération du Tibet! Quelle bande d’idiots! C’est pitoyable! La Pieuvre se marre bien, finalement. Peut-être qu’elle même se tape des gros délires comme ça histoire de dédramatiser sa perpétuelle mutation instable douloureuse jouissive flamboyante consumériste et créatrice. La Pieuvre s’auto-dégueule en permanence, c’est putain d’effrayant d’être dans ce bouillon magmatique plein de grumeaux et d’excroissances, de bourgeons et de bouches qui s’ouvrent pour hurler “unité ! unité!”.
Et vive les chinois.
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